Les huiles essentielles dans la grippe occupent une place substantielle dans le Traité scientifique d’aromathérapie clinique, qui consacre au virus Influenza une section de son chapitre respiratoire et détaille les mécanismes antiviraux décrits pour plusieurs huiles. La donnée la mieux caractérisée y est un travail chez la souris : le 1,8-cinéole protège l’animal contre l’infection par le virus de la grippe A en atténuant les réponses inflammatoires pulmonaires. Les autres travaux cités sont in vitro, et une partie d’entre eux porte en réalité sur le SARS-CoV-2, non sur la grippe. Cette fiche démêle les deux.

Avertissement. Cette page a une vocation pédagogique. Elle ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription, ni un substitut à un avis médical. Aucune huile essentielle ne remplace la vaccination antigrippale, ni un traitement antiviral prescrit. Chez la personne âgée, la femme enceinte, le nourrisson, l’immunodéprimé et toute personne atteinte d’une maladie chronique cardiaque, respiratoire ou rénale, la grippe peut être grave et relève d’emblée du médecin. Une gêne respiratoire, une douleur thoracique, une confusion, une fièvre qui persiste au-delà de cinq jours ou qui réapparaît après amélioration imposent une consultation sans délai.

Comprendre la grippe

Le Traité définit la grippe comme une infection respiratoire aiguë causée par les virus Influenza A ou B, se manifestant par une fièvre élevée, des douleurs musculaires, une toux sèche et une fatigue intense. Ce tableau brutal la distingue du rhume, dominé par les rhinovirus — lesquels représentent, précise l’ouvrage, plus de 50 % des cas de rhinite virale.

Le virus Influenza ne se limite pas au nez et à la gorge : le Traité le retrouve parmi les causes virales de la laryngite, de la trachéite et de la pneumonie, aux côtés du VRS, des coronavirus et des adénovirus. C’est cette capacité à descendre vers le poumon qui fait la gravité potentielle de la maladie — la pneumonie grippale étant, on le verra, le modèle de la principale étude citée.

Un point de vocabulaire, car il piège régulièrement : Haemophilus influenzae, bactérie que le Traité cite dans la sinusite bactérienne, l’otite et la pneumonie communautaire, n’a rien à voir avec le virus de la grippe — son nom vient d’une erreur historique. Les données la concernant ne sont pas des données sur la grippe.

Comment les huiles essentielles agissent

Note de lecture. Trois niveaux de preuve coexistent dans cet extrait et ne doivent pas être confondus. Un travail chez la souris pour le 1,8-cinéole, avec une référence complète. Des travaux in vitro, explicitement désignés comme tels, pour le ravintsara et le tea tree. Et des affirmations pour lesquelles le Traité ne précise pas le modèle expérimental — origan, thym, cannelle, eucalyptus radié, laurier noble. Par ailleurs, la section du Traité intitulée « Grippes, COVID-19 et SRAS » traite trois maladies à la suite : plusieurs des résultats qu’elle rapporte concernent le SARS-CoV-2 et non le virus de la grippe, et nous les signalons comme tels. Aucun essai clinique chez des patients grippés n’est rapporté dans cet extrait.

La désintégration de l’enveloppe virale

Le Traité indique que les composés lipophiles des huiles essentielles peuvent perturber l’enveloppe lipidique des virus, les rendant non infectieux — d’où une activité virucide portant sur les virus enveloppés, catégorie dont relèvent précisément Influenza et les coronavirus. C’est un mécanisme de contact, qui suppose une rencontre à concentration suffisante : condition facile à réunir dans un tube, beaucoup moins dans un organisme.

L’inhibition des enzymes virales

Certains composants peuvent, selon l’ouvrage, inhiber des enzymes clés comme la neuraminidase du virus de la grippe ou la protéase principale (Mpro) du SARS-CoV-2, bloquant la réplication virale. La neuraminidase est une cible pertinente : elle permet aux virions néoformés de se détacher de la cellule infectée, et c’est la cible des antiviraux antigrippaux existants.

L’inhibition de l’entrée virale

Le Traité décrit une interférence avec les récepteurs ACE2 et TMPRSS2, nécessaires à l’entrée du SARS-CoV-2. Ce mécanisme est spécifique du coronavirus : le virus de la grippe n’utilise pas ACE2. Il ne peut donc être invoqué à propos de la grippe, et nous le mentionnons pour lever l’ambiguïté créée par le regroupement des trois maladies dans une même section.

La modulation de la réponse inflammatoire

Un quatrième mécanisme se dégage de l’étude princeps : plutôt que d’attaquer le virus, atténuer les dégâts de la réaction inflammatoire qu’il déclenche dans le poumon. C’est ce que décrit le travail sur le 1,8-cinéole. L’ouvrage évoque par ailleurs une inhibition de NF-κB et une activation d’IRF3, deux voies de l’immunité antivirale.

Les données disponibles

Le 1,8-cinéole chez la souris. C’est la donnée la mieux établie de l’extrait : le 1,8-cinéole protège les souris contre l’infection par le virus de la grippe A en atténuant les réponses inflammatoires pulmonaires et en réduisant les cytokines pro-inflammatoires dans les tissus pulmonaires. Le titre même de la référence — 1,8-Cineol Protect Against Influenza-Virus-Induced Pneumonia in Mice — indique le modèle. Résultat animal, qui ne se transpose pas tel quel à l’humain.

Les autres huiles. Le ravintsara et le tea tree se voient attribuer une activité virucide in vitro — la mention est celle de l’ouvrage — contre des virus enveloppés, dont la grippe. Pour l’eucalyptus radié et le laurier noble, le Traité écrit « effets antiviraux démontrés » : nous reproduisons ce terme parce qu’il est le sien, en signalant que le modèle expérimental n’est pas précisé et qu’aucun essai clinique n’est cité à l’appui. Même indétermination pour l’origan, le thym et la cannelle. Le détail figure dans le tableau ci-dessous.

Ce qui relève du SARS-CoV-2 et non de la grippe. Deux résultats cités dans la même section portent sur le coronavirus : l’eucalyptus globulus et l’eucalyptol inhibent l’infection par le SARS-CoV-2 dans des cellules humaines exprimant ACE2 (in vitro, à concentrations non cytotoxiques) ; les huiles de menthe, riches en carvone et carvacrol, inhibent sa réplication dans des cellules infectées, le carvone présentant une IC50 de 80,23 μM. Ces deux résultats ne documentent pas la grippe.

Les huiles essentielles documentées

Huile essentielleNom botaniqueÉlément documenté
Eucalyptus radiéEucalyptus radiataEffets antiviraux « démontrés » contre la grippe, les coronavirus et les rhinovirus via inhibition de NF-κB et activation d’IRF3 ; amélioration de la clairance mucociliaire. Modèle non précisé. Décrit comme « plus doux que globulus ».
Laurier nobleLaurus nobilisCité dans la même liste antivirale. Il figure aussi dans la section « Grippes, COVID-19 et SRAS » sans qu’aucune donnée lui soit associée.
RavintsaraCinnamomum camphora ct 1,8-cinéoleActivité virucide in vitro contre des virus enveloppés, dont la grippe et les coronavirus.
Arbre à thé (tea tree)Melaleuca alternifoliaActivité virucide in vitro contre des virus enveloppés, dont la grippe et les coronavirus.
Cannelle de CeylanCinnamomum verumCinnamaldéhyde : activité antivirale contre le virus de la grippe par inhibition de la neuraminidase. Modèle non précisé.
OriganOriganum vulgareCarvacrol : activité antivirale contre divers virus respiratoires dont la grippe, par perturbation de l’enveloppe et inhibition de l’entrée cellulaire. Modèle non précisé.
ThymThymus vulgarisThymol : même mention que l’origan. Modèle non précisé.
Eucalyptus globulusEucalyptus globulusEucalyptol : inhibition de l’infection par le SARS-CoV-2 (et non par la grippe) dans des cellules humaines exprimant ACE2 — in vitro, à concentrations non cytotoxiques.
MenthesMentha spp.Carvone et carvacrol : inhibition de la réplication du SARS-CoV-2 (et non de la grippe) dans des cellules infectées — in vitro ; IC50 du carvone à 80,23 μM.
Molécule : 1,8-cinéole (eucalyptol)Protège les souris contre l’infection par le virus de la grippe A en atténuant les réponses inflammatoires pulmonaires et les cytokines pro-inflammatoires. Étude animale.

Synergie proposée dans le Traité

Le chapitre consacré au système immunitaire comporte une catégorie de synergies « antivirales et antibactériennes », dont l’objectif énoncé est d’éliminer virus, bactéries et champignons, pour un usage en cas de grippe, d’angine, d’infection intestinale ou virale sévère. La composition de cette formule n’est pas restituée dans notre extrait et nous ne la reconstituons pas. Les modalités d’application relèvent d’un usage encadré par un professionnel formé et sont détaillées dans l’ouvrage.

Précautions

Questions fréquentes

Quelle huile essentielle contre la grippe ?

Le Traité cite le ravintsara et le tea tree pour une activité virucide in vitro contre les virus enveloppés dont la grippe, l’eucalyptus radié et le laurier noble pour des effets antiviraux dont le modèle n’est pas précisé, ainsi que la cannelle, l’origan et le thym. La donnée la plus solide concerne le 1,8-cinéole, mais elle est obtenue chez la souris. Aucun essai chez des patients grippés n’est rapporté : ces huiles ne sont pas un traitement de la grippe.

Le 1,8-cinéole est-il efficace contre le virus de la grippe ?

Une étude citée par le Traité montre que le 1,8-cinéole protège les souris contre l’infection par le virus de la grippe A, en atténuant les réponses inflammatoires pulmonaires et en réduisant les cytokines pro-inflammatoires dans le tissu pulmonaire. Le mécanisme est donc anti-inflammatoire plus qu’antiviral direct. C’est un résultat animal : il ne démontre pas un bénéfice chez l’humain et ne justifie aucun usage en remplacement d’une prise en charge médicale.

Les huiles essentielles agissent-elles de la même façon sur la grippe et sur la COVID-19 ?

Non, et le Traité les traite pourtant dans une même section, ce qui prête à confusion. L’inhibition de l’entrée virale via les récepteurs ACE2 et TMPRSS2 est spécifique du SARS-CoV-2 : le virus de la grippe n’utilise pas cette porte d’entrée. À l’inverse, l’inhibition de la neuraminidase concerne la grippe et non le coronavirus. Les résultats sur l’eucalyptus globulus et les menthes cités dans ce chapitre portent sur le SARS-CoV-2, non sur la grippe.

Peut-on diffuser des huiles essentielles pour éviter d’attraper la grippe ?

Aucune donnée de cet extrait ne documente une prévention de la contamination par diffusion. Les mécanismes décrits — désintégration de l’enveloppe virale, inhibition d’enzymes — supposent un contact direct à concentration suffisante, condition réunie dans un tube à essai, pas dans l’air d’une pièce. La diffusion est par ailleurs déconseillée en présence de nourrissons, d’asthmatiques et de femmes enceintes. La vaccination reste le moyen de prévention de référence.

Sur le même sujet

Pour aller plus loin

Cette fiche est extraite du Traité scientifique d’aromathérapie clinique, dont le chapitre respiratoire parcourt l’arbre aérien du nez aux alvéoles. Pour apprendre à distinguer un résultat in vitro d’un modèle animal et d’un essai clinique, consultez nos formations.

Sources scientifiques

  1. Li Y, Lai Y, Wang Y, Liu N, Zhang F, Xu P. 1,8-Cineol Protect Against Influenza-Virus-Induced Pneumonia in Mice. Inflammation. 2016 Aug;39(4):1582-93. doi: 10.1007/s10753-016-0394-3. PMID: 27351430.
  2. Wani AR, Yadav K, Khursheed A, Rather MA. An updated and comprehensive review of the antiviral potential of essential oils and their chemical constituents with special focus on their mechanism of action against various influenza and coronaviruses. Microb Pathog. 2021 Mar;152:104620. doi: 10.1016/j.micpath.2020.104620. Epub 2020 Nov 16. PMID: 33212200; PMCID: PMC9159739.

Les autres travaux cités sont référencés dans la bibliographie du chapitre « Étude scientifique sur l’utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système respiratoire » du Traité.