L’huile essentielle d’orange amère (Citrus aurantium) occupe une place singulière dans le Traité scientifique d’aromathérapie clinique : c’est l’une des rares huiles pour lesquelles l’ouvrage rapporte des essais cliniques randomisés chez l’humain, sur l’anxiété et sur la dépression de la femme enceinte, à côté de données digestives obtenues chez le rat. Une précision s’impose d’emblée : Citrus aurantium fournit trois huiles distinctes selon l’organe distillé, et le livre les cite toutes les trois sous ce nom.

Avertissement. Cette page a une vocation pédagogique. Elle ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription, ni un substitut à un avis médical. Une anxiété qui envahit le quotidien, un état dépressif, une grossesse ou une hypertension relèvent d’un suivi médical : l’aromathérapie ne s’y envisage qu’en accompagnement, avec l’accord du praticien qui suit la personne.

Note de lecture : trois huiles pour une seule espèce. Le bigaradier, Citrus aurantium, donne l’essence d’orange amère (zeste, obtenue par expression à froid), le petit grain bigarade (feuilles et rameaux, distillés) et le néroli (fleurs, distillées — le Traité écrit « ssp. amara flos »). Leurs compositions et leurs précautions diffèrent, notamment sur la photosensibilité. Le livre emploie indifféremment « orange amère », « citron amer », « petit grain bigarade » et « bigaradier » : nous précisons donc, à chaque donnée, de quel produit il est question.

Carte d’identité de l’orange amère

Nom botaniqueCitrus aurantium (bigaradier), sous-espèce amara
Famille botaniqueRutacées
Organe distilléZeste (essence d’orange amère), feuilles et rameaux (petit grain bigarade), fleurs (néroli)
Procédé d’obtentionExpression à froid pour le zeste ; distillation par entraînement à la vapeur d’eau pour les feuilles et les fleurs
Molécules majoritairesD’après le Traité : limonène pour l’huile de Citrus aurantium étudiée sur la muqueuse gastrique, linalol pour ssp. aurantium, nérolidol pour la fleur (ssp. amara flos). L’ouvrage cite aussi l’auraptène, une coumarine. Aucun pourcentage n’est donné.
Systèmes concernésSystème nerveux, système digestif, système cardiovasculaire, système immunitaire
Origine géographiqueMéditerranée, Afrique du Nord, Amérique du Sud

Molécules actives et mécanismes d’action

Le limonène

Le Traité présente l’huile essentielle de Citrus aurantium comme riche en limonène dans ses passages digestifs, et attribue à ce monoterpène les effets gastroprotecteurs observés : augmentation de la production de mucus gastrique et maintien des niveaux de prostaglandine E2. L’ouvrage ne quantifie pas sa teneur.

Le linalol et le nérolidol

Dans son panorama des molécules immunitairement actives, le Traité cite Citrus aurantium ssp. aurantium parmi les sources de linalol, un monoterpénol, et Citrus aurantium ssp. amara flos — c’est-à-dire la fleur, donc le néroli — parmi les sources de nérolidol, un sesquiterpénol. Ces mentions inscrivent l’espèce dans des familles moléculaires sans lui attribuer de résultat expérimental propre.

L’auraptène

L’ouvrage décrit l’auraptène comme une coumarine monoterpénique bioactive de la famille des Rutacées, isolée du Citrus aurantium (petit grain bigarade). Il rapporte qu’un effet hypotenseur dose-dépendant a été observé après injection d’auraptène, significatif à 250 et 500 µg/kg mais pas à 125 µg/kg. Deux réserves s’imposent : il s’agit d’une molécule isolée et injectée, dans un protocole expérimental exprimé en microgrammes par kilogramme, ce qui n’a aucun rapport avec un usage aromatique courant ; et les coumarines sont des composés peu volatils, dont la présence dans une huile distillée est limitée.

Ce que montrent les études, système par système

Système nerveux : anxiété et humeur

C’est ici que se concentrent les données humaines, et elles sont substantielles.

Le Traité rapporte une revue systématique de 44 essais contrôlés randomisés portant sur 3 419 participants, qui a évalué l’efficacité de dix huiles essentielles sur l’anxiété. Les résultats indiquent que les huiles essentielles réduisent significativement l’anxiété d’état et de trait, et que, parmi celles étudiées, le jasmin (Jasminum sambac) et le bigaradier (Citrus aurantium) ont montré les effets les plus prononcés.

L’ouvrage cite ensuite un essai randomisé parallèle contrôlé par placebo ayant évalué les effets de la lavande (Lavandula angustifolia) et du bigaradier sur l’anxiété et l’agitation de patients conscients en unité de soins intensifs ; sa conclusion est que l’aromathérapie peut être utilisée comme une intervention efficace et sûre pour réduire l’anxiété en USI. Le comparateur placebo est bien celui de l’étude citée.

Sur le versant thymique, le Traité rapporte qu’une étude randomisée a révélé que l’inhalation d’huile essentielle de petit grain bigarade réduisait significativement la dépression et l’anxiété chez des femmes enceintes. L’ouvrage indique par ailleurs que l’huile essentielle de petit grain bigarade a montré des effets sédatifs, notamment en réduisant l’activité motrice et en favorisant la relaxation — une formulation qui renvoie à un protocole expérimental dont l’extrait ne précise pas l’espèce étudiée.

Le petit grain bigarade est enfin cité au chapitre du système nerveux autonome, retenu dans la synergie du Traité pour les troubles anxieux et du sommeil, et intégré à une huile essentielle composée de neuf plantes évaluée sur la fatigue dans le cadre du syndrome de fatigue chronique — un mélange où il n’est qu’un composant parmi d’autres.

Système digestif

Reflux gastro-œsophagien. Le Traité indique que l’huile essentielle de Citrus aurantium, riche en limonène, a montré une capacité à prévenir les lésions de la muqueuse gastro-intestinale chez les rats, en augmentant la production de mucus et en maintenant les niveaux de prostaglandine E2.

Gastroparésie. Le même chapitre rapporte que, chez des rats, l’huile essentielle d’orange amère et le limonène ont montré une protection efficace contre les lésions gastriques induites par l’éthanol et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, en augmentant la production de mucus gastrique. Ces deux jeux de données sont donc précliniques.

Syndrome de l’intestin irritable. Le Traité indique qu’une étude in vitro a suggéré que l’huile de Citrus aurantium — qu’il désigne ici sous le nom de « citron amer » — pourrait aider à restaurer l’équilibre microbien et immunologique intestinal, ce qui pourrait être bénéfique pour les patients atteints de ce syndrome. La référence correspondante porte sur l’activité de l’huile contre des levures intestinales isolées chez des patients : une expérimentation en tube, et un triple conditionnel qu’il faut conserver.

Système cardiovasculaire

Le petit grain bigarade est cité dans plusieurs listes du chapitre cardiovasculaire : parmi les huiles essentielles vasorelaxantes en cas de vasoconstriction, dans une synergie aux effets antihypertensifs, parmi les huiles aux effets anti-athérosclérotiques potentiels et dans la synergie anti-athérosclérotique et hypocholestérolémiante, ainsi qu’au paragraphe consacré à la phlébite. Ce sont des mentions en liste et des propositions de formule ; hormis l’expérimentation sur l’auraptène décrite plus haut, l’extrait ne rapporte pas d’essai propre à ces indications.

Synergies documentées

Le Traité intègre le petit grain bigarade à une synergie pour les troubles anxieux et du sommeil, à une synergie antihypertensive et à une synergie anti-athérosclérotique et hypocholestérolémiante. L’ouvrage mentionne également une huile essentielle composée de neuf huiles — dont Citrus aurantium, le bois de santal, le citron, le benjoin, le pamplemousse et la menthe poivrée — évaluée sur la fatigue. Les formules du livre sont des compositions pondérées dans lesquelles l’orange amère n’est qu’un élément ; l’extrait ne permet pas d’en établir la part. Les modalités d’application relèvent d’un usage encadré par un professionnel formé et sont détaillées dans l’ouvrage.

Précautions d’emploi et contre-indications

Questions fréquentes

L’huile essentielle d’orange amère est-elle efficace contre l’anxiété ?

C’est l’une des mieux placées dans les données rapportées par le Traité. Une revue systématique de 44 essais contrôlés randomisés portant sur 3 419 participants conclut que les huiles essentielles réduisent significativement l’anxiété d’état et de trait, le jasmin et le bigaradier montrant les effets les plus prononcés. Un essai randomisé contrôlé par placebo en unité de soins intensifs va dans le même sens. Ces données sont humaines, ce qui est rare dans l’ouvrage.

Quelle différence entre orange amère, petit grain bigarade et néroli ?

Les trois proviennent du même arbre, Citrus aurantium, mais d’organes différents. L’essence d’orange amère est exprimée du zeste et reste photosensibilisante. Le petit grain bigarade est distillé à partir des feuilles et des rameaux, et c’est lui que le Traité cite le plus souvent pour l’anxiété. Le néroli est distillé à partir des fleurs, l’ouvrage le désignant par « ssp. amara flos ». Leurs compositions et leurs précautions ne sont pas interchangeables.

Peut-on l’utiliser pendant la grossesse ?

Le Traité rapporte une étude randomisée dans laquelle l’inhalation de petit grain bigarade réduisait significativement la dépression et l’anxiété chez des femmes enceintes. Cela ne vaut pas autorisation générale : l’essai s’est déroulé dans un cadre protocolisé, avec une huile et une voie d’administration définies. En pratique, l’usage d’huiles essentielles pendant la grossesse reste déconseillé sans avis médical, et c’est le médecin ou la sage-femme qui doit trancher.

L’orange amère protège-t-elle l’estomac ?

Les données existent, mais elles sont animales. Le Traité rapporte que l’huile de Citrus aurantium, riche en limonène, a prévenu les lésions de la muqueuse gastro-intestinale chez le rat en augmentant la production de mucus et en maintenant les niveaux de prostaglandine E2, et qu’elle a protégé, toujours chez le rat, contre les lésions induites par l’éthanol et les anti-inflammatoires. Aucun essai chez l’humain n’est rapporté sur ce terrain.

Sur le même sujet

Pour aller plus loin

Cette fiche est extraite du Traité scientifique d’aromathérapie clinique. Pour apprendre à distinguer les huiles issues d’un même arbre, à évaluer la qualité d’une revue systématique et à situer les données animales, consultez nos formations.

Sources scientifiques

  1. Thiago M. Moraes, Hélio Kushima, Fábio C. Moleiro, Raquel C. Santos, Lúcia R. Machado Rocha, Márcia O. Marques, Wagner Vilegas, Clélia A. Hiruma-Lima. Effects of limonene and essential oil from Citrus aurantium on gastric mucosa: Role of prostaglandins and gastric mucus secretion. Chemico-Biological Interactions, Volume 180, Issue 3, 2009, Pages 499-505, ISSN 0009-2797. DOI : 10.1016/j.cbi.2009.04.006
  2. Di Vito M, Bellardi MG, Sanguinetti M, Mondello F, Girolamo A, Barbanti L, Garzoli S, Sabatino M, Ragno R, Vitali A, Palucci I, Posteraro B, Gasbarrini A, Prati GM, Aragona G, Mattarelli P, Bugli F. Potent In Vitro Activity of Citrus aurantium Essential Oil and Vitis vinifera Hydrolate Against Gut Yeast Isolates from Irritable Bowel Syndrome Patients — The Right Mix for Potential Therapeutic Use. Nutrients. 2020 May 7;12(5):1329. PMID: 32392768; PMCID: PMC7284808. DOI : 10.3390/nu12051329
  3. Shen CY, Jiang JG, Zhu W, Ou-Yang Q. Anti-inflammatory Effect of Essential Oil from Citrus aurantium L. var. amara Engl. J Agric Food Chem. 2017 Oct 4;65(39):8586-8594. doi: 10.1021/acs.jafc.7b02586. Epub 2017 Sep 25. PMID: 28906110.
  4. Karimzadeh Z, Azizzadeh Forouzi M, Rahiminezhad E, Ahmadinejad M, Dehghan M. The Effects of Lavender and Citrus aurantium on Anxiety and Agitation of the Conscious Patients in Intensive Care Units: A Parallel Randomized Placebo-Controlled Trial. Biomed Res Int. 2021 Jun 15;2021:5565956. doi: 10.1155/2021/5565956. PMID: 34222473; PMCID: PMC8219432.
  5. Moradi M, Niazi A, Mohammadi Payandar F, Jamali J, Arefadib N. The effect of aromatherapy with Citrus Aurantium essential oil on depression, stress and anxiety in pregnant women; a randomized controlled clinical trial. Taiwan J Obstet Gynecol. 2025 May;64(3):512-518. doi: 10.1016/j.tjog.2024.10.020. PMID: 40368523.