L’huile essentielle de citronnelle (Cymbopogon winterianus pour la citronnelle de Java, Cymbopogon nardus pour celle de Ceylan) est bien plus qu’un répulsif à moustiques. Le Traité scientifique d’aromathérapie clinique la mobilise sur quatre terrains : vasculaire, respiratoire, immunitaire et neurologique. Son dossier le plus solide concerne la fibrose pulmonaire, où l’inhalation a été évaluée dans un modèle murin. Cette fiche démêle aussi une confusion fréquente — et présente dans l’ouvrage — entre les différentes espèces de Cymbopogon.
Avertissement. Cette page a une vocation pédagogique. Elle ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription, ni un substitut à un avis médical. La majorité des données rapportées ici proviennent de modèles animaux, d’expérimentations ex vivo ou de tests in vitro : elles n’établissent pas un effet chez l’être humain. L’hypertension artérielle, la fibrose pulmonaire, l’athérosclérose et l’épilepsie relèvent d’un suivi médical spécialisé, que l’aromathérapie ne remplace jamais.
Trois plantes, un même nom vernaculaire. Le mot « citronnelle » recouvre plusieurs espèces du genre Cymbopogon aux compositions différentes : la citronnelle de Java (C. winterianus) et la citronnelle de Ceylan (C. nardus), riches en citronellal, citronellol et géraniol, objets de cette fiche ; et la citronnelle des Indes ou lemongrass (C. citratus), riche en citral, qui est une autre huile. Le terme capte en outre, dans certaines sources, l’eucalyptus citronné (Corymbia citriodora) et le cédrat « main de Bouddha » (Citrus medica), qui n’ont aucun lien botanique avec les Cymbopogon. Nous signalons systématiquement, ci-dessous, l’espèce réellement étudiée.
Carte d’identité de la citronnelle
| Nom botanique | Cymbopogon winterianus Jowitt (Java) ; Cymbopogon nardus (L.) Rendle (Ceylan) |
|---|---|
| Famille botanique | Poacées (Graminées) |
| Organe distillé | Parties aériennes (herbe, feuilles) |
| Procédé d’obtention | Distillation à la vapeur d’eau |
| Origine géographique | Indonésie (Java), Sri Lanka, Inde, Chine, Amérique du Sud — donnée botanique de référence, hors ouvrage |
| Molécules majoritaires | D’après l’extrait du Traité : citronellal, géraniol, β-citronellol, myrcène, terpinolène, germacrène. Aucune teneur chiffrée n’est donnée par l’ouvrage |
| Systèmes concernés | Cardiovasculaire, respiratoire, immunitaire, nerveux |
Molécules actives et mécanismes d’action
Le géraniol, vasorelaxant dose-dépendant
C’est la molécule la mieux documentée de l’extrait sur le plan vasculaire. Le Traité indique que le géraniol, à des concentrations de 0,4 à 3,2 µg/mL, provoque une relaxation dose-dépendante des artères. Il précise en outre que le géraniol améliore la réactivité vasculaire altérée dans le diabète et le syndrome métabolique, grâce à son effet de blocage des canaux calciques. Le géraniol n’est pas propre à la citronnelle : l’ouvrage le retrouve dans le géranium, le palmarosa et la rose de Damas.
Une précision de lecture s’impose : une concentration exprimée en µg/mL renvoie à un milieu expérimental — organe isolé ou culture —, et non à une dose administrée à un patient. L’extrait ne dit pas si ces observations ont été reproduites chez l’humain.
Le β-citronellol et les sesquiterpènes
Le Traité range également le β-citronellol, présent dans les citronnelles et le palmarosa, parmi les molécules vasorelaxantes. Il évoque aussi le germacrène et, plus largement, les sesquiterpènes présents dans les citronnelles, l’ylang-ylang, le patchouli et le gingembre — mais il assortit cette mention d’une réserve explicite : « avec un manque d’études scientifiques ». Nous la reprenons telle quelle.
Le citronellal, aldéhyde terpénique immunoactif
Dans son chapitre immunitaire, l’ouvrage cite la citronnelle de Java et la citronnelle de Ceylan comme sources de citronellal, dans sa section consacrée aux aldéhydes terpéniques actifs sur le système immunitaire. La citronnelle de Java figure aussi parmi les huiles riches en myrcène, en terpinolène et en géraniol, tous recensés comme monoterpènes et monoterpénols d’intérêt immunitaire. L’extrait se limite à cette classification, sans données d’efficacité associées.
Effet anti-nociceptif et potentiel neuroactif
Le chapitre neurologique inscrit la citronnelle parmi les huiles à « potentiel neuroactif », et la citronnelle de Java dans la section consacrée à l’effet anti-nociceptif des citrals — c’est-à-dire l’effet sur la perception de la douleur. L’ouvrage ne détaille pas, dans cet extrait, les travaux qui fondent ce classement.
Ce que montrent les études, système par système
Système respiratoire : la fibrose pulmonaire, dossier le plus documenté
C’est l’étude la plus précise de l’extrait, et la seule accompagnée d’une référence bibliographique complète. Le Traité rapporte que l’inhalation d’huile essentielle de citronnelle de Java (Cymbopogon winterianus) a montré des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et antifibrotiques dans un modèle murin de fibrose pulmonaire induite par la bléomycine. Les résultats ont indiqué une atténuation des lésions pulmonaires et une modulation des réponses inflammatoires.
Trois points méritent d’être soulignés. Le modèle est murin : aucun patient humain n’est concerné. La bléomycine est un agent utilisé expérimentalement pour induire une fibrose pulmonaire chez l’animal ; c’est un modèle standard, mais un modèle. Enfin, la voie testée est bien l’inhalation de l’huile essentielle, ce qui rend le protocole cohérent avec l’usage aromatique — c’est un point fort de ce travail par rapport à beaucoup d’études où la molécule est injectée.
Système respiratoire : activité antibactérienne en phase gazeuse
Le Traité rapporte une étude ayant évalué l’activité antibactérienne en phase gazeuse de quatorze huiles essentielles contre Streptococcus pneumoniae et d’autres bactéries respiratoires. Les huiles de cannelle, citronnelle et thym y ont montré les activités les plus élevées, avec de faibles doses minimales inhibitrices (MID). L’ouvrage précise que l’activité antibactérienne était plus efficace à concentrations de vapeur élevées sur de courtes périodes.
Il s’agit d’un travail in vitro, en atmosphère confinée. Une bactérie exposée à une vapeur dans une boîte fermée n’est pas une bactérie dans une bronche humaine : les concentrations obtenues en laboratoire ne sont pas reproductibles dans une pièce, et l’ouvrage ne prétend pas le contraire.
Ce qui ne concerne pas cette huile. Deux autres données respiratoires de l’extrait portent sur une autre espèce, la citronnelle des Indes / verveine des Indes (Cymbopogon citratus) : une activité importante contre Streptococcus pyogenes dans l’angine (CMI = 0,93 % v/v, in vitro) et une inhibition des protéines Src/Stat3 réduisant la prolifération de cellules de cancer du poumon à petites cellules (in vitro, huile essentielle et citral). Ces résultats ne sont pas transposables à la citronnelle de Java ou de Ceylan, dont la composition diffère.
Système cardiovasculaire : hypertension artérielle
Le passage du Traité consacré aux effets antihypertenseurs de la citronnelle et du citral demande une lecture attentive, car il empile des niveaux de preuve très différents :
- Ex vivo : le citral et la citronnelle présentent une activité vasorelaxante, en favorisant la sécrétion endothéliale d’oxyde nitrique et de prostanoïdes, et en bloquant les canaux calciques du muscle lisse vasculaire.
- Mécanisme proposé : le citral présente également un effet chronotrope négatif — il ralentit le cœur — probablement dû, selon l’ouvrage, à une augmentation de l’activité parasympathique à médiation centrale. Le mot « probablement » est celui du Traité.
- Chez l’animal : chez les animaux sains et hypertendus, l’administration aiguë de citronnelle entraîne une baisse de la pression artérielle, parfois accompagnée d’une augmentation compensatoire de la fréquence cardiaque.
- Chez l’humain : chez des sujets sains et hypertendus, la consommation de tisane de citronnelle diminue la pression artérielle.
Point de vigilance majeur. La seule donnée humaine de ce passage porte sur une tisane, c’est-à-dire une infusion aqueuse de la plante — pas sur l’huile essentielle. Une infusion et une huile essentielle n’ont ni la même composition, ni la même concentration, ni la même voie d’absorption. Aucun essai clinique portant sur l’huile essentielle de citronnelle dans l’hypertension n’est rapporté dans l’extrait. Signalons en outre que le citral est le composé majoritaire de Cymbopogon citratus, et non des citronnelles de Java et de Ceylan : la désignation « citronnelle » est ici ambiguë dans l’ouvrage.
Système cardiovasculaire : athérosclérose
La citronnelle est citée par le Traité parmi les huiles essentielles aux effets anti-athérosclérotiques potentiels. L’ouvrage l’y mentionne sous une double désignation — Cymbopogon winterianus ou citratus — et l’associe dans la même entrée à l’eucalyptus citronné (citriodora), qui est une espèce sans parenté. Le terme « potentiels » est celui de l’ouvrage : aucun résultat chiffré, aucun essai humain ne sont rapportés dans l’extrait pour cette indication.
Système nerveux : épilepsie, une mention à double tranchant
Le Traité place la citronnelle parmi les huiles à activité anticonvulsivante qui, avec la lavande, le clou de girofle et l’aneth, seraient de « bons candidats à l’évaluation comme médicaments antiépileptiques », en raison de composés tels que l’asarone, la carvone, le citral, l’eugénol ou le linalol. La formulation est prospective : il s’agit de candidats à évaluer, pas d’un traitement.
Le même passage rappelle l’inverse pour d’autres huiles : l’usage interne de sauge, hysope, romarin, camphre, menthe pouliot, eucalyptus, cèdre, thuya et fenouil peut provoquer des crises d’épilepsie, ces huiles contenant de la thuyone, du 1,8-cinéole, du camphre ou du pinocamphone, agents convulsifs reconnus. L’ouvrage précise que des recherches supplémentaires restent nécessaires pour confirmer les mécanismes, et qu’il « semble » que ces propriétés tiennent largement à la modulation de la neurotransmission GABAergique et à la modification des courants ioniques.
Système digestif : une entrée à écarter
L’extrait comporte, dans le chapitre digestif, une entrée intitulée « huile essentielle de citronnelle / finger citron (Citrus medica var. sarcodactylis) » à propos de lésions hépatiques induites par l’alcool. Le finger citron, ou cédrat « main de Bouddha », est un agrume de la famille des Rutacées : il n’a aucun rapport botanique avec les Cymbopogon. Cette donnée ne concerne donc pas la citronnelle et nous l’écartons ; il s’agit vraisemblablement d’une erreur de dénomination dans l’ouvrage.
Synergies documentées
La citronnelle de Java entre dans plusieurs formules pondérées du Traité :
- la synergie aux effets antihypertensifs du chapitre cardiovasculaire ;
- la synergie aux effets anti-athérosclérotiques et hypocholestérolémiants ;
- la synergie « allergies et hypersensibilités » du chapitre immunitaire, où elle figure au palier intermédiaire (10 %) d’une formule de huit huiles ;
- le groupe des huiles antivirales et antibactériennes du chapitre immunitaire, où elle est citée avec le palmarosa.
Chacune de ces formules associe plusieurs huiles dont les rôles se complètent ; extraire une huile d’une synergie, c’est en perdre la logique. Les modalités d’application relèvent d’un usage encadré par un professionnel formé et sont détaillées dans l’ouvrage.
Précautions d’emploi et contre-indications
- Sensibilisation cutanée. Le citronnellal, le citronellol et le géraniol sont des allergènes cutanés réglementairement identifiés. La citronnelle est une huile dermocaustique à l’état pur : dilution obligatoire dans une huile végétale, et test au pli du coude 48 heures avant toute application étendue.
- Déconseillée chez la femme enceinte ou allaitante, le nourrisson et le jeune enfant, sauf avis médical.
- Prudence en cas d’hypotension ou de traitement antihypertenseur. Le profil vasorelaxant décrit par l’ouvrage, même établi sur des modèles précliniques, invite à la vigilance en cas d’association à un inhibiteur calcique ou à un autre antihypertenseur. Signalez tout usage d’huiles essentielles à votre médecin.
- Épilepsie. Même si la citronnelle est citée du côté anticonvulsivant, l’ouvrage ne la présente que comme un candidat à l’évaluation. Aucune huile essentielle ne doit être utilisée en automédication par une personne épileptique.
- Prudence chez la personne asthmatique pour toute diffusion ou inhalation de composés volatils concentrés.
- Ne pas confondre les espèces. Vérifiez toujours le nom latin sur le flacon : C. winterianus, C. nardus et C. citratus ne sont pas interchangeables, et les résultats d’étude ne se transfèrent pas de l’une à l’autre.
Questions fréquentes
Quelle différence entre citronnelle de Java, de Ceylan et lemongrass ?
Ce sont trois espèces distinctes du genre Cymbopogon. La citronnelle de Java (C. winterianus) et celle de Ceylan (C. nardus) sont riches en citronellal, citronellol et géraniol. Le lemongrass ou citronnelle des Indes (C. citratus) est riche en citral. Cette différence est loin d’être théorique : dans le Traité, les données sur l’angine à streptocoque et sur le cancer du poumon concernent C. citratus, pas les citronnelles de Java ou de Ceylan.
L’huile essentielle de citronnelle fait-elle baisser la tension ?
Le Traité rapporte une activité vasorelaxante ex vivo, et une baisse de la pression artérielle après administration aiguë de citronnelle chez l’animal, sain ou hypertendu. La seule donnée humaine citée porte sur la consommation de tisane de citronnelle, c’est-à-dire une infusion de la plante — pas sur l’huile essentielle. Aucun essai clinique portant sur l’huile essentielle dans l’hypertension n’est rapporté. Un traitement antihypertenseur ne se modifie jamais sans avis médical.
La citronnelle est-elle utile dans la fibrose pulmonaire ?
L’étude citée par le Traité porte sur un modèle murin de fibrose induite par la bléomycine. L’inhalation d’huile essentielle de Cymbopogon winterianus y a montré des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et antifibrotiques, avec atténuation des lésions pulmonaires. C’est un résultat préclinique encourageant, dont la voie d’administration est cohérente avec l’usage aromatique, mais il n’existe à ce stade aucune donnée humaine. La fibrose pulmonaire relève d’un suivi pneumologique spécialisé.
Le géraniol : quel effet sur les vaisseaux ?
Le Traité indique que le géraniol, à des concentrations de 0,4 à 3,2 µg/mL, provoque une relaxation dose-dépendante des artères, et qu’il améliore la réactivité vasculaire altérée dans le diabète et le syndrome métabolique par blocage des canaux calciques. Ces concentrations renvoient à un milieu expérimental, pas à une dose administrée. On le retrouve aussi dans le géranium, le palmarosa et la rose de Damas.
Les différentes huiles de ce groupe sur le site
Cette page traite du groupe dans son ensemble. Chaque huile — espèce ou chémotype — a sa propre fiche détaillée :
Sur le même sujet
- les huiles essentielles dans les allergies
- les huiles essentielles et l’hypertension artérielle
- l’huile essentielle de palmarosa
- l’huile essentielle d’eucalyptus globuleux
- les huiles essentielles et l’athérosclérose
Pour aller plus loin
Cette fiche est extraite du Traité scientifique d’aromathérapie clinique, qui aborde la citronnelle dans ses chapitres cardiovasculaire, respiratoire, immunitaire et neurologique. Pour apprendre à distinguer les espèces d’un même nom vernaculaire, à repérer un glissement entre tisane et huile essentielle et à hiérarchiser les niveaux de preuve, consultez nos formations.
Sources scientifiques
- Tavares LA, Rezende AA, Santos JL, Estevam CS, Silva AMO, Schneider JK, Cunha JLS, Droppa-Almeida D, Correia-Neto IJ, Cardoso JC, Severino P, Souto EB, de Albuquerque-Júnior RLC. Cymbopogon winterianus Essential Oil Attenuates Bleomycin-Induced Pulmonary Fibrosis in a Murine Model. Pharmaceutics. 2021 May 9;13(5):679. doi: 10.3390/pharmaceutics13050679. PMID: 34065064; PMCID: PMC8150729.
Les autres travaux cités sont référencés dans les bibliographies des chapitres « Utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système cardiovasculaire », « Étude scientifique sur l’utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système respiratoire », « Huiles essentielles et système immunitaire » et « Utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système nerveux » du Traité.