L’huile essentielle de camomille n’existe pas au singulier : sous ce nom, le Traité scientifique d’aromathérapie clinique désigne en réalité deux huiles essentielles distinctes, la camomille romaine ou noble (Chamaemelum nobile) et la camomille allemande ou matricaire (Matricaria chamomilla). Leurs compositions diffèrent, leurs mentions dans l’ouvrage aussi : la première domine les chapitres digestif et nerveux, la seconde les chapitres immunitaire et respiratoire. Cette fiche sert de repère : qui est qui, et ce que le Traité documente pour chacune.

Avertissement. Cette page a une vocation pédagogique. Elle ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription, ni un substitut à un avis médical. Confondre deux espèces de camomille n’est pas anodin : leurs profils moléculaires et leurs usages documentés ne se recouvrent que partiellement. Aucune donnée présentée ici ne justifie de retarder une consultation ni de modifier un traitement en cours.

Carte d’identité des camomilles

Noms botaniques Camomille romaine, dite aussi camomille noble : Chamaemelum nobile (synonyme ancien Anthemis nobilis). Camomille allemande, dite aussi matricaire : Matricaria chamomilla (synonyme Matricaria recutita).
Famille botanique Astéracées (Composées), pour les deux
Organe distillé Sommités fleuries / capitules floraux
Procédé d’obtention Distillation à la vapeur d’eau
Molécules citées par le Traité Camomille romaine : esters (l’ouvrage la caractérise ainsi dans le chapitre respiratoire). Camomille allemande / matricaire : chamazulène, bisabolol, spathulénol, bornéol. Aucun pourcentage n’est donné par le Traité.
Systèmes concernés Digestif, nerveux, cardiovasculaire, respiratoire, immunitaire

Famille botanique, organe distillé et procédé d’obtention sont des données botaniques de référence ajoutées hors du Traité, soumises à validation de l’auteur.

Nomenclature : deux erreurs du Traité à corriger. L’ouvrage écrit à deux reprises des formes latines fautives : « Camomillia nobile » pour la camomille noble, dont le nom correct est Chamaemelum nobile, et « Camomilla matricaria » pour la camomille matricaire, dont le nom correct est Matricaria chamomilla (ou Matricaria recutita). La mention « Anthemis nobilis », en revanche, n’est pas une erreur : c’est un synonyme ancien mais valide de Chamaemelum nobile.

Molécules actives et mécanismes d’action

Le chamazulène (camomille allemande)

Le chamazulène est un composé aromatique bleu-violet dérivé de l’azulène. Il n’existe pas dans la plante fraîche : il se forme par dégradation thermique de la matricine au cours de la distillation à la vapeur, ce qui en fait une molécule créée par le procédé lui-même. Le Traité le rattache à la camomille allemande (Matricaria chamomilla), à l’armoise (Artemisia absinthium) et à l’achillée millefeuille (Achillea millefolium), et lui reconnaît des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. C’est lui qui donne à l’huile essentielle de camomille allemande sa couleur bleue caractéristique.

Le bisabolol (camomille allemande)

Dans le chapitre cardiovasculaire, le bisabolol figure en tête de la liste des molécules vasorelaxantes, avec un mécanisme rapporté : une vasorelaxation par action sur le canal calcique voltage-dépendant. Le Traité le présente comme présent dans la camomille allemande.

Le spathulénol et le bornéol (camomille matricaire)

Le spathulénol, un sesquiterpénol, fait l’objet d’une sous-section du chapitre immunitaire où la camomille matricaire est citée comme source. Le bornéol, lui, est présenté dans le chapitre neurologique comme un composé aux effets analgésiques contenu dans l’huile essentielle de camomille matricaire.

La camomille noble et le muscle lisse vasculaire

Le Traité décrit pour la camomille noble un double mécanisme vasculaire : une action directe sur les muscles lisses vasculaires par inhibition du calcium, et une action endothéliale par stimulation de la production de monoxyde d’azote (NO). C’est l’un des rares passages où l’ouvrage attribue un mécanisme à l’huile essentielle entière plutôt qu’à une molécule isolée.

Ce que montrent les études, système par système

Note de lecture. Le niveau de preuve varie fortement d’un chapitre à l’autre. Certaines mentions renvoient à des études d’inhalation chez l’humain, d’autres à des modèles animaux ou cellulaires, d’autres encore à un usage traditionnel que le Traité qualifie lui-même de tel. Chaque cas est signalé ci-dessous.

Système digestif — surtout la camomille romaine

C’est le chapitre où la camomille est la plus présente. Le Traité résume ses propriétés par la formule « camomille romaine (anti-inflammatoire douce) » et la cite successivement pour l’œsophagite, l’ulcère gastro-duodénal, le syndrome de Zollinger-Ellison, la maladie cœliaque, la diverticulose et la diverticulite, et la péritonite. Les propriétés qui lui sont attribuées de façon constante sont : anti-inflammatoire, antispasmodique et sédative ou apaisante.

Deux nuances méritent d’être relevées. Pour la maladie cœliaque, le Traité écrit que la camomille romaine est « utilisée traditionnellement » pour ses propriétés apaisantes et anti-inflammatoires, et qu’elle « pourrait » aider à soulager les symptômes digestifs : c’est un usage traditionnel, au conditionnel, pas un résultat d’étude. Pour la diverticulite, il indique que des études suggèrent que la camomille peut aider à réduire l’inflammation intestinale et à apaiser les douleurs abdominales, tout en ajoutant explicitement que des recherches spécifiques sur la diverticulite restent nécessaires.

Une ambiguïté du texte doit être signalée. Pour le reflux gastro-œsophagien, le Traité intitule son paragraphe « Huile essentielle de camomille (Matricaria chamomilla) » mais écrit dans la phrase suivante que « l’extrait de camomille » peut aider à soulager l’irritation œsophagienne et favoriser la guérison de la muqueuse. Huile essentielle et extrait de plante ne sont pas la même préparation ; l’ouvrage ne tranche pas.

Système nerveux — inhalation, anxiété, sommeil

La camomille romaine figure dans la liste des huiles anxiolytiques les plus populaires établie par le Traité, aux côtés de la lavande, de la rose, de l’orange, de la bergamote, du citron, du bois de santal, de la sauge sclarée et du géranium rosat. L’ouvrage précise par ailleurs, dans sa section consacrée à l’action parasympathicotonique, que des études ont montré que l’inhalation de camomille romaine augmente l’activité parasympathique et réduit les symptômes d’anxiété.

Deux travaux chez l’humain sont mentionnés. Le premier : l’aromathérapie par inhalation avec des huiles essentielles de lavande et de camomille a aidé à réduire les niveaux de dépression, d’anxiété et de stress chez des personnes âgées vivant en communauté — il s’agit donc d’une association de deux huiles, dont l’effet propre de la camomille ne peut être isolé. Le second : l’inhalation d’huile essentielle de camomille a été associée à une amélioration de la qualité du sommeil chez les personnes âgées, avec une réduction de l’anxiété et de la dépression. Le Traité emploie ici le verbe « associée », qui décrit une relation observée et non une causalité établie.

La camomille allemande est, elle, citée dans deux sections moléculaires du chapitre neurologique : celle du cannabinoïde naturel neuroprotecteur et celle de l’effet anti-inflammatoire central. Le Traité ne développe pas de résultat chiffré pour elle dans ce matériel.

Enfin, à propos des névralgies et neuropathies inflammatoires, l’ouvrage indique que l’huile essentielle de camomille matricaire contient du bornéol, un composé aux effets analgésiques, et que des études animales ont démontré une réduction de la sensibilité à la douleur neuropathique après administration de bornéol. La précision « animales » est celle du Traité et doit être conservée : il ne s’agit pas d’un résultat obtenu chez l’humain, et il porte sur le bornéol isolé, non sur l’huile essentielle.

Système cardiovasculaire

La camomille noble est citée dans la liste des huiles essentielles vasorelaxantes, avec le double mécanisme décrit plus haut — inhibition calcique sur le muscle lisse et stimulation endothéliale du NO. Elle apparaît également dans la section « Hyperémie et régulation vasculaire » et parmi les huiles citées pour les varices, aux côtés de la lavande, du romarin à cinéole et de l’hélichryse. La camomille allemande y figure indirectement, par son bisabolol.

Système respiratoire

La camomille romaine est recommandée par le Traité pour les bronchites, où elle est qualifiée d’antispasmodique et apaisante, et pour la pneumonie, où l’ouvrage la caractérise par ses esters et lui attribue les mêmes propriétés apaisante et antispasmodique. La camomille matricaire, elle, entre dans la synergie contre les pathologies respiratoires de type allergique.

Concernant l’asthme, le Traité rapporte qu’une étude récente a évalué les effets protecteurs de la camomille allemande sur un modèle de rat induit par l’ovalbumine et sur des cellules épithéliales bronchiques humaines induites par le lipopolysaccharide. Les résultats ont montré une atténuation de l’inflammation des voies respiratoires, une réduction de l’apoptose cellulaire et une modulation de l’autophagie, ce qui suggère un effet bénéfique potentiel. Il s’agit de données précliniques. Là encore, le Traité écrit « la camomille allemande » sans préciser s’il est question de l’huile essentielle ou d’un extrait de la plante.

Système immunitaire

La camomille matricaire figure dans la catégorie des immunosuppresseurs modulateurs ou régulateurs, avec l’inule odorante, et dans la synergie consacrée aux allergies et hypersensibilités — rhinites, asthme, eczéma. Elle y est citée pour son spathulénol et son chamazulène.

Synergies documentées

Le Traité fait entrer la camomille dans plusieurs formules pondérées, qu’il faut lire comme des ensembles et non comme des paliers isolés.

Les modalités d’application relèvent d’un usage encadré par un professionnel formé et sont détaillées dans l’ouvrage.

Un mot d’histoire

La camomille est l’une des plantes les plus anciennement distillées. Le Traité rappelle qu’à la fin du XVe siècle, le médecin strasbourgeois Jérôme Brunschwig publie en deux volumes le Liber de arte distillandi (1500 et 1512), où les eaux médicinales issues de la distillation l’emportent sur les plantes en poudre, sirop et décoction : la camomille y figure parmi les monographies, avec la térébenthine, l’aspic, le bois de genévrier, le romarin ou l’iris. L’ouvrage précise toutefois que ces distillats étaient encore fortement alcoolisés — ce n’étaient donc pas des huiles essentielles au sens actuel. À la Renaissance, le médecin allemand Michael Ernst Ettmüller mentionne à nouveau la camomille romaine parmi plusieurs dizaines d’huiles essentielles.

Précautions d’emploi et contre-indications

Questions fréquentes

Quelle différence entre camomille romaine et camomille allemande ?

Ce sont deux espèces différentes de la famille des Astéracées. La camomille romaine, ou noble, est Chamaemelum nobile : le Traité la caractérise par ses esters et la cite surtout pour la sphère digestive, l’anxiété et le sommeil. La camomille allemande, ou matricaire, est Matricaria chamomilla : elle est bleue, riche en chamazulène, et apparaît surtout dans les chapitres immunitaire, allergique et respiratoire de l’ouvrage.

Pourquoi l’huile essentielle de camomille allemande est-elle bleue ?

Parce qu’elle contient du chamazulène, un composé aromatique bleu-violet dérivé de l’azulène. Ce composé n’est pas présent dans la fleur fraîche : il se forme par dégradation thermique de la matricine pendant la distillation à la vapeur. Le Traité lui reconnaît des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. La camomille romaine, distillée de la même façon mais de composition différente, n’est pas bleue.

La camomille aide-t-elle vraiment à dormir ?

Le Traité rapporte que l’inhalation d’huile essentielle de camomille a été associée à une amélioration de la qualité du sommeil chez les personnes âgées, avec une réduction de l’anxiété et de la dépression. Il note également qu’une aromathérapie combinant lavande et camomille a aidé à réduire dépression, anxiété et stress chez des personnes âgées vivant en communauté. Ce sont des associations observées, sur des populations précises.

Quelle camomille pour les troubles digestifs ?

Le Traité cite très majoritairement la camomille romaine, Chamaemelum nobile, dans son chapitre digestif — pour l’œsophagite, l’ulcère gastro-duodénal, la maladie cœliaque ou la diverticulose — en lui attribuant des propriétés anti-inflammatoires, antispasmodiques et apaisantes. Plusieurs de ces mentions relèvent toutefois de l’usage traditionnel ou du conditionnel, et non de résultats d’essais cliniques.

Les différentes huiles de ce groupe sur le site

Cette page traite du groupe dans son ensemble. Chaque huile — espèce ou chémotype — a sa propre fiche détaillée :

Sur le même sujet

Pour aller plus loin

Cette fiche est extraite du Traité scientifique d’aromathérapie clinique. La camomille illustre un piège classique de l’aromathérapie : un nom commun pour deux plantes, deux compositions et deux usages documentés distincts. Pour apprendre à lire une étiquette, un nom latin et un niveau de preuve, consultez nos formations.

Sources scientifiques

Les travaux cités sont référencés dans les bibliographies des chapitres « Étude scientifique sur l’utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système digestif », « Utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système cardiovasculaire », « Étude scientifique sur l’utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système respiratoire », « Huiles essentielles et système immunitaire » et « Utilisation des huiles essentielles dans les pathologies du système nerveux » du Traité.

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