L’huile essentielle de romarin (Rosmarinus officinalis, aujourd’hui Salvia rosmarinus) est l’entrée la plus fournie du Traité scientifique d’aromathérapie clinique : cinq chapitres et quatre chémotypes. Son résultat le plus solide est inattendu — un essai clinique prospectif chez des patients hypotendus, où le romarin élève la pression artérielle. Son point le plus important est une mise en garde : le Traité range l’usage interne du romarin parmi ceux qui peuvent provoquer des crises d’épilepsie.

Avertissement. Cette page a une vocation pédagogique. Elle ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription, ni un substitut à un avis médical. Le Traité signale que l’usage interne d’huile essentielle de romarin peut provoquer des crises d’épilepsie. Cette huile est par ailleurs présentée comme antihypotensive : elle est à éviter en cas d’hypertension artérielle sans avis médical.

Carte d’identité du romarin

Nom botaniqueRosmarinus officinalis L. — nom accepté aujourd’hui : Salvia rosmarinus Spenn. Le Traité emploie les deux.
Famille botaniqueLamiaceae
Organe distilléSommités fleuries et parties aériennes
Procédé d’obtentionDistillation par entraînement à la vapeur d’eau
Molécules majoritairesSelon le chémotype : 1,8-cinéole, camphre (bornéone), verbénone ou linalol. Le Traité cite en outre l’α-pinène, le β-pinène, l’α-terpinéol, le bornéol, l’acétate de bornyle et le β-caryophyllène. Aucun pourcentage de composition n’est donné dans l’ouvrage.
Systèmes concernésNerveux, cardiovasculaire, digestif (foie et voies biliaires), respiratoire, immunitaire

Famille, organe distillé et procédé sont des données de référence externes au Traité, à valider par l’auteur.

Quatre chémotypes, quatre huiles différentes

C’est la clé de lecture de toute la fiche. Le Traité distingue le romarin à cinéole (sphères respiratoire, immunitaire, cardiovasculaire, neuro-inflammatoire), le romarin à camphre ou à bornéone (douleur, immunomodulation, potentiel neuroactif), le romarin à verbénone (foie et voies biliaires exclusivement) et le romarin à linalol (action anxiolytique et sédative). Quatre huiles issues de la même plante, auxquelles l’ouvrage n’attribue ni les mêmes indications, ni le même profil de sécurité. Un flacon portant la seule mention « romarin » ne permet pas de savoir lequel on utilise.

Repères historiques

Vers 1260, Arnaud de Villeneuve donne avec la térébenthine et le romarin « la première description sérieuse de distillation d’huiles essentielles ». Le romarin figure aussi dans le vinaigre des quatre voleurs (1630). En 1910, dans le classement de Martindale du pouvoir antiseptique sur le colibacille par rapport au phénol, le romarin à cinéole arrive quatrième, après l’origan compact, le thym et la cannelle.

Molécules actives et mécanismes d’action

Le romarin à cinéole figure dans les listes du 1,8-cinéole, de l’α-pinène et de l’α-terpinéol du chapitre immunitaire ; le romarin à camphre dans celles du β-pinène, du bornéol et du camphre. Deux de ces molécules sont rangées par le Traité parmi les vasorelaxantes : le (+)-α-pinène (pin sylvestre, genévrier, épinette noire, romarin à cinéole) et le bornéol (lavande aspic, romarin à camphre, thym à bornéol). Le camphre, lui, est identifié comme un agent convulsif reconnu.

Au chémotype verbénone, l’ouvrage attribue quatre propriétés hépatobiliaires : hépatoprotectrice (stimulation de la détoxification et du drainage), cholérétique et cholagogue (sécrétion et évacuation de la bile), régénérante hépatocellulaire et décongestionnante digestive. Le chémotype linalol est cité pour l’action anxiolytique et sédative, l’ouvrage précisant que l’acétate de bornyle, présent dans les huiles de sapin et de romarin, a montré des effets relaxants sur le système nerveux autonome, contribuant à une réduction de l’anxiété. Enfin, le β-caryophyllène, présent notamment dans le romarin, est présenté comme un agoniste sélectif des récepteurs cannabinoïdes CB2, ce qui lui confère selon le Traité des propriétés neuroprotectrices significatives.

Ce que montrent les études, système par système

Cardiovasculaire : l’hypotension, seule donnée clinique humaine

C’est le résultat le plus solide du dossier, et il va à rebours de l’intuition. Sous le titre « Huile essentielle antihypotensive », le Traité écrit : « L’augmentation de la pression artérielle obtenue après administration d’huile essentielle de romarin est cliniquement significative. Les résultats de cet essai clinique prospectif démontrent l’efficacité de la méthodologie statistique comme nouvelle approche pour expliquer l’effet antihypotenseur de l’huile essentielle de romarin et son lien avec l’amélioration de la qualité de vie des patients. » L’étude source, référencée ci-dessous, porte sur des patients hypotendus primaires. Conséquence pratique : une huile qui élève la pression artérielle de façon cliniquement significative n’est pas anodine chez une personne hypertendue.

Le romarin à cinéole est par ailleurs cité — sans étude propre rapportée dans l’extrait — en vasoprotection, parmi les huiles aux effets anti-athérosclérotiques potentiels, parmi les antithrombotiques, dans les varices et dans la phlébite : ce sont des classements fonctionnels.

Foie et voies biliaires : le chémotype verbénone

Le Traité présente le romarin à verbénone, avec le citron, comme « détoxifiantes et cholagogues pour le foie et les voies biliaires », et le cite dans l’insuffisance hépatique, la lithiase biliaire et la dyskinésie biliaire. Le niveau de preuve doit être précisé : l’ouvrage indique un « effet protecteur hépatique démontré sur modèles animaux » — effets antioxydants et hépatoprotecteurs réduisant les dommages oxydatifs induits par des toxines, modulation des enzymes antioxydantes (SOD, CAT, GPx), protection des hépatocytes. Pour la lithiase biliaire, il parle en revanche d’une huile « réputée » et « traditionnellement utilisée ». Et les usages décrits — soutenir le foie en surcharge, prévenir la fibrose, accompagner une stéatose ou une NASH — relèvent, selon ses propres termes, de l’usage traditionnel, sous contrôle médical.

Pour l’hépatite A, le Traité indique que le romarin à cinéole « a montré une réduction significative de la charge virale du HAV sur des fruits contaminés, suggérant une activité antivirale potentielle ». Le support de l’expérience est bien celui-là : des fruits, dans une logique de décontamination alimentaire. Ce résultat ne dit rien d’un effet chez un patient.

Système nerveux : une donnée humaine, un large socle préclinique

Côté humain, le Traité écrit que certaines huiles, dont le romarin, « ont démontré des effets bénéfiques sur la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives » : l’inhalation d’huile essentielle de romarin a été associée à une amélioration des performances cognitives et à une réduction de la somnolence chez des professionnels de santé travaillant en horaires décalés. Le verbe est « associée », non « a causé ».

Tout le reste est préclinique, et l’ouvrage le signale :

Système respiratoire

Pharyngite : l’inhalation d’huiles telles que l’eucalyptus, la menthe poivrée, l’origan et le romarin « a été efficace pour soulager les symptômes de maux de gorge et améliorer la qualité du sommeil chez des adultes » — donnée humaine, symptomatique, portant sur quatre huiles.

Fibrose pulmonaire : une étude a montré que des extraits de romarin, riches en acide rosmarinique et acide carnosique, administrés à des rats atteints de fibrose induite par la bléomycine, réduisaient les lésions pulmonaires et amélioraient les marqueurs de stress oxydatif. Le titre même de la référence indique que les huiles essentielles avaient été éliminées de la préparation testée : ce résultat n’est pas transposable à l’huile essentielle.

Cancer du poumon : le romarin contient l’acide carnosique et le carnosol, « qui ont montré des propriétés anticancéreuses, notamment en induisant l’apoptose et en inhibant la croissance des cellules cancéreuses pulmonaires ». Effet rapporté au niveau cellulaire, attribué à des molécules que l’ouvrage ne cite pas parmi les constituants des chémotypes d’huile essentielle. Aucune donnée humaine.

Système immunitaire

Le Traité classe le romarin à camphre, avec l’inule odorante, parmi les immunosuppresseurs modulateurs / régulateurs, et range les romarin à cinéole et à camphre parmi les huiles anti-inflammatoires et antioxydantes.

Synergies documentées

Les modalités d’application relèvent d’un usage encadré par un professionnel formé et sont détaillées dans l’ouvrage.

Précautions d’emploi et contre-indications

Sauf mention contraire, ces précautions sont des repères génériques externes au Traité, à valider par l’auteur.

Questions fréquentes

Quel chémotype de romarin choisir ?

Le Traité en distingue quatre, aux usages distincts : le romarin à cinéole pour les sphères respiratoire, immunitaire et cardiovasculaire ; le romarin à camphre pour la douleur, l’immunomodulation et le potentiel neuroactif ; le romarin à verbénone pour le foie et les voies biliaires ; le romarin à linalol pour l’action anxiolytique et sédative. Une étiquette sans chémotype ne permet pas de savoir ce que l’on achète.

L’huile essentielle de romarin fait-elle monter la tension ?

Le Traité la présente comme antihypotensive et rapporte un essai clinique prospectif chez des patients hypotendus : l’augmentation de la pression artérielle obtenue après administration est qualifiée de cliniquement significative, avec un lien avec l’amélioration de leur qualité de vie. Cette propriété implique une prudence particulière en cas d’hypertension artérielle, situation dans laquelle cette huile doit être évitée sans avis médical.

Le romarin est-il dangereux en cas d’épilepsie ?

Le Traité est explicite : l’usage interne d’huile essentielle de romarin, comme celui de la sauge, de l’hysope, du camphre, de l’eucalyptus ou du thuya, peut provoquer des crises d’épilepsie, ces huiles contenant des agents convulsifs reconnus — thuyone, 1,8-cinéole, camphre, pinocamphone. Toute personne épileptique ou ayant des antécédents de convulsions doit éviter cette huile, et en parler à son médecin.

Le romarin améliore-t-il la mémoire ?

Le Traité rapporte que l’inhalation d’huile essentielle de romarin a été associée à une amélioration des performances cognitives et à une réduction de la somnolence chez des professionnels de santé en horaires décalés. C’est une donnée humaine, mais associative et portant sur des sujets sains. Les travaux sur la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson sont, eux, précliniques ou menés sur des extraits, et l’ouvrage conserve le conditionnel.

Les différentes huiles de ce groupe sur le site

Cette page traite du groupe dans son ensemble. Chaque huile — espèce ou chémotype — a sa propre fiche détaillée :

Sur le même sujet

Pour aller plus loin

Cette fiche est extraite du Traité scientifique d’aromathérapie clinique. Pour apprendre à distinguer quatre chémotypes d’une même plante, à repérer qu’une étude porte sur un extrait et non sur une huile essentielle, et à manier une huile à la fois active et à risque convulsivant, consultez nos formations.

Sources scientifiques

  1. Fernández LF, Palomino OM, Frutos G. Effectiveness of Rosmarinus officinalis essential oil as antihypotensive agent in primary hypotensive patients and its influence on health-related quality of life. J Ethnopharmacol. 2014;151(1):509-16. doi: 10.1016/j.jep.2013.11.006. Epub 2013 Nov 20. PMID: 24269249.
  2. Bahri S, Ali RB, Abdennabi R, Nahdi A, Mlika M, Jameleddine S. Industrial Elimination of Essential Oils from Rosmarinus Officinalis: In Support of the Synergic Antifibrotic Effect of Rosmarinic and Carnosic Acids in Bleomycin Model of Lung Fibrosis. Nutr Cancer. 2021;73(11-12):2376-2387. doi: 10.1080/01635581.2020.1826991. Epub 2020 Oct 16. PMID: 33059466.
  3. Seyedemadi P, Rahnema M, Bigdeli MR, Oryan S, Rafati H. The Neuroprotective Effect of Rosemary (Rosmarinus officinalis L.) Hydro-alcoholic Extract on Cerebral Ischemic Tolerance in Experimental Stroke. Iran J Pharm Res. 2016 Fall;15(4):875-883. PMID: 28243285; PMCID: PMC5316267.
  4. Gonçalves C, Fernandes D, Silva I, Mateus V. Potential Anti-Inflammatory Effect of Rosmarinus officinalis in Preclinical In Vivo Models of Inflammation. Molecules. 2022 Jan 18;27(3):609. doi: 10.3390/molecules27030609. PMID: 35163873; PMCID: PMC8840442.

Les autres travaux cités sont référencés dans les bibliographies des chapitres digestif, cardiovasculaire, respiratoire, immunitaire et nerveux du Traité.